RDC : Les enfants filles continuent à être recrutés et utilisés dans les groupes armés

Des milliers d’enfants continuent à être recrutés et utilisés chaque année par les groupes armés dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, àl’Est de la République démocratique du Congo, dénonce le Bureau de volontariat au service de l’enfance et de la santé, BVES, au cours d’un entretien avec la Radio Star Bukavu le jeudi 30 avril 2019.

Dans différents rapports de l’ONU, à ce jour, le nombre d’enfants soldats dans le monde est estimé à plus de 300 000.

Situation des filles enfants soldats

Des garçons et des filles de moins de 18 ans sont mêlés à plus d’une dizaine de conflits armés à travers le monde et particulièrement en République Démocratique du Congo. Tous les groupes armés recrutent et utilisent les enfants soldats, excepté les Forces armées de la RDC qui ont été radiées de la liste noire de l’Organisation des Nations Unies sur le recrutement et l’utilisation d’enfants lors des conflits armés. Ces enfants sont utilisés comme combattants, coursiers, porteurs ou cuisiniers, et les filles pour de fins sexuelles et restent exposées à plusieurs défis sanitaires et psychologiques.

A l’Est de la RDC, malgré ce tableau sombre, des campagnes de sensibilisation organisées, les filles continuent à être recrutés de force ou enlevés. D’autres s’enrôlent pour fuir la pauvreté, la maltraitance et la discrimination ; fait savoir Sylvie Kalalizi, responsable de la protection des droits de la jeune fille, au sein du BVES asbl.

Elle ajoute que les filles enfants soldats sont exploitées comme cuisinières, mais également « épouses » de combattants et sont utilisées comme esclaves sexuelles. Certaines d’entre elles sont utilisées aussi comme des combattantes et chargées de transporter les effets de guerre.

Cette organisation de défense des droits de l’homme et des enfants en particulier, BVES indique que le nombre des filles dans les groupes armés reste accru, en dépit des efforts fournis par son organisation, l’armée congolaise et d’autres partenaires impliqués dans la protection des droits des enfants.

Programme du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des enfants filles soldats

Si le DDR chez les enfants garçons est un processus difficile, celui des enfants filles est une question rigide, du fait que les filles ne sont pas visibles dans les zones d’opérations des groupes rebelles ; la plupart sont dans les cuisines et d’autres sont les épouses ou concubines de chefs rebelles et qui subissent l’exploitation sexuelle ; dit Sylvie Kalalizi.

Chaque année, BVES enregistre plus de 500 enfants sortis des groupes armés. Grâce à ce programme, le directeur de cette organisation Murhabazi Namegabe témoigne qu’en 2018, ses rapports ont enregistré 853 enfants soldats, dont 189 filles, soit 22,1 %.

Ses résultats sont les fruits des sensibilisations et négociations après de ses groupes armés.Depuis le début de l’année 2019, cette organisation de la Société civile du Sud-Kivu a déjà enregistré plus de 48 filles et 125 garçons, enfants désarmés et démobilisés et qui attendent la réinsertion dans leurs familles respectives.

Après le désarmement et la démobilisation, BVES encadre ces enfants dans leur centre de transit et d’orientation, CTO. Pendant cette période, les enfants filles et garçons sont initiés dans différents métiers, comme la coupe couture, la menuiserie ; maçonnerie, etc. cette étape est suivi par la prise en charge psychosociale pendant une période de 3 mois, avant d’être réinsérés dans leurs familles respectives.

Défis après réinsertion

Dans le CTO, les enfants sortis des groupes armés filles ou garçons présentent assez souvent un comportement rude, certains sont plus violents ; raison pour laquelle BVES accentue son travail dans la prise en charge psychosocial. Par ailleurs, le problème se pose beaucoup plus à la perception de ses enfants dans leurs communautés. Dans certains cas, renchérit Kalalizi, beaucoup d’enfants et surtout les jeunes filles font face à la suspicion, l’isolement et à la discrimination. Le fait d’avoir vécu aux côtés de rebelles armés, manié l’arme et peut-être avoir tué une personne pendant les affrontements, dégrade l’image de la fille. C’est tout le monde qui a perd d’elle.En conséquence, ses enfants filles ou garçons vivent dans un état de solitude ; ils souffrent du rejet et c’est plus fréquent chez les filles qui grandissent avec une crise émotionnelle.

Thierry M. RUKATA et Vanessa BUHENDWA

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